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Sartre

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July 25, 2011





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Rencontre autour d’un livre


Le mur
(Sartre)

Free Admission, entrèe libre !
Le jeudi 12 novembre 2009 à 19h
Thursday,November 12 2009, 7pm
AFH, 5509 rue Young Halifax

 

Le livre

Un resumé par Jules *

« Le mur » est un recueil de cinq nouvelles publiées par Jean-Paul Sartre en 1939.
L’auteur a, à ce moment là, trente cinq ans. Il n’avait donc pas encore écrit ses
deux livres principaux traitants de la philosophie dite « existentialiste » qui
ne sortiront qu’en 1943, pour « L’être et le néant » et 1946 pour « L’existentialisme est un humanisme »

La première nouvelle du livre est directement inspirée par la guerre d’Espagne qui vient de se
terminer. Pablo Ibieta est républicain et se retrouve dans les prisons de Franco en même temps
qu’un membre des Brigades Internationales, Tom, et un jeune espagnol, Juan, dont le frère
est républicain actif mais pas lui.
Suite à un interrogatoire expéditif, ils se retrouvent condamnés à mort tous les trois.
La dernière nuit commence pour eux et Pablo s’analyse, mais analyse aussi les deux autres.
Le premier à suer la peur est le jeune Juan, mais l’Irlandais Tom le suivra assez vite.
Pablo remarquera son pantalon mouillé, l’Irlandais s’étant laissé aller involontairement.
Il y a également deux gardiens dans la cellule, mais le comble, pour Pablo,
c’est la présence d’un médecin belge. En effet, celui-ci ne semble être là que pour
observer les effets de la peur et de l’idée de la mort toute proche sur les trois condamnés.

Son obsession sera donc de ne pas montrer ce qu’il ressent.
Il va surtout y parvenir par la réflexion suivante : « Dans l’état où j’étais, si
l’on était venu m’annoncer que je pouvais rentrer tranquillement chez moi, qu’on me laissait
la vie sauve, ça m’aurait laissé froid : quelques heures ou quelques années d’attente
c’est tout pareil, quand on a perdu l’illusion d’être éternel. » C’est cela qui va
l’aider à tenir : le sens de la vie lui semble dérisoire, ainsi que toute tentative
d’actions ayant pour but de changer les choses. Notre temps est trop court…

Dans la seconde nouvelle, Sartre nous confronte aux pensées d’un homme qui est
devenu fou et que sa femme ne veut pas abandonner contre la volonté de ses parents.
Le problème de cette femme c’est qu’elle aime profondément son mari et fait tout pour
entrer dans son monde plutôt que de le fuir. Mais peut-on vraiment entrer dans
la vie d’un fou ?. « Les normaux croient encore que je suis des leurs.

Mais je ne pourrais pas rester une heure au milieu d’eux. J’ai besoin de
vivre là-bas, de l’autre côté de ce mur. Mais là-bas, on ne veut pas de moi. »

Dans « Erostrate » Sartre nous donne la vision d’un autre type de dérangement :
celui d’un homme qui se sent complètement coupé des autres humains.

Il dit : « Je savais qu’ils étaient mes ennemis, mais eux ne le savaient pas.
Ils s’aimaient entre eux, ils se serraient les coudes ; et moi, ils m’auraient
bien donné un coup de main par-ci, par-là, parce qu’ils me croyaient leur semblable.
Mais s’ils avaient pu deviner la plus infime partie de la vérité, ils m’auraient battu. »
Notre héros envisage donc de tuer un certain nombre de personnes avant que de se donner
la mort lui-même. Il cherche ses victimes potentielles en sillonnant les rues de son
quartier. Passera-t-il à l’action ?

« Intimité » met en scène une jeune femme, Lulu, mariée à Henri qui est impuissant.

Cette impuissance ne dérange pas tellement Lulu, qui se prend un amant de temps à autres.
Non, ce qui la dérange le plus, c’est que son mari lui fait trop souvent des reproches
quant à son éducation qui, selon lui, est nettement inférieure à la sienne.
Lulu, poussée par une amie, finira par décider de quitter Henri, trop faible,
trop mou, trop lâche. Elle envisage de partir s’installer à Nice avec son nouvel amant.
Elle quitte le domicile et son amant la fait dormir la nuit avant leur départ dans un
hôtel douteux. Il la quitte jusqu’au lendemain matin après lui avoir fait l’amour.

Voici une des pensées qui la tient éveillée : « Pouah ! Je suis sûre qu’à présent
il regarde le ciel et les étoiles, il allume une cigarette, il est dehors,
il a dit qu’il aimait la teinte mauve du ciel de Paris. A petits pas, il rentre chez lui,
à petits pas : il se sent poétique quand il vient de faire ça, il me l’a dit, et léger
comme une vache qu’on vient de traire, il n’y pense plus – et moi je suis souillée.
Ca ne m’étonne pas qu’il soit pur en ce moment, il a laissé son ordure ici, dans le noir,
il y a un essuie-main qui en est rempli, et le drap est humide au milieu du lit, je ne
peux pas étendre mes jambes parce que je sentirais le mouillé sous ma peau, quelle ordure,
et lui il est tout sec, je l’ai entendu qui sifflotait sous ma fenêtre quand il est sorti… »
Lulu partira-t-elle ? Mais là n’est peut-être pas la question essentielle, l’essentiel est
ce qui se passe dans sa tête.

Dans « L’enfance d’un chef » nous ferons la connaissance d’un certain Lucien Fleurier.
Petit, il hésitait quant à savoir s’il était une fille ou un garçon. Très vite son père,
gros industriel dans sa région, lui fera bien comprendre qu’il n’a qu’un avenir devant, un seul :
devenir un chef. Mais c’est quoi être un chef ? Pendant des années Lucien va se chercher et il
passera de l’expérience surréaliste à la période freudienne, jusqu’au jour où il va rencontrer
un jeune homme qui lui fera découvrir sa véritable voie de chef, son seul avenir :
la haine des étrangers, des Juifs et son destin au sein de l’Action Française.

Lucien Fleurier, après quelques hésitations, découvrira dans ce mouvement
la seule façon de pouvoir justifier son existence. Lucien se sent
« respectable » et se dit : « Bien avant ma naissance, sa place était marquée au soleil,
à Férolles (l’usine de son père). Déjà – bien avant, même, le mariage de son père &
on l’attendait ; s’il était venu au monde, c’était pour occuper cette place : « J’existe, pensa-t-il,
parce que j’ai le droit d’exister. » Voilà sans doute une position tout à fait contraire
à l’existentialisme et que Sartre ne peut accepter, tout comme l’appartenance à
l’ Action Française !.

Un ensemble de nouvelles bien pessimistes, mais aussi bien écrites et intéressantes.

Tantôt « le mur » est vraiment de briques, comme pour les fusillés,
tantôt il est psychologique comme dans les autres nouvelles.
Mais il est indiscutable que murs il y a !…

Pour en savoir plus :

 


L’écrivain

Une biographie par
Guy Le Clec’h

Jean-Paul Sartre est né et mort à Paris : 21-06-1905 – 15-04-1980.
Il est élevé par sa mère, veuve en 1906, qui est catholique, et par son grand-père maternel,
Charles Schweitzer, protestant alsacien. En 1916, sa mère se remarie et Jean-Paul Sartre
entre au lycée de La Rochelle. Il y devient le condisciple de Paul Nizan avec qui
il prépare l’entrée à l’école Normale Supérieure. Il y entre en 1924, rencontre
Simone de Beauvoir en 1926 et passe l’agrégation de philosophie en 1929.

En 1927, Sartre traduit avec Nizan la Psychopathologie de Jaspers.
Il accomplit son service militaire en 1929. Il est ensuite professeur de philosophie au

Havre. Il lit les romanciers américains, Kafka et des romans policiers.
En 1933, il part pour Berlin où il étudie Husserl et Heidegger.

Revenu au Havre, il écrit différents essais philosophiques (La Transcendance de l’Ego,
L’imagination, publiés tous deux en 1936, Esquisse d’une théorie des émotions (1939))
qui introduisent en France la phénoménologie et l’existentialisme allemands. Il fait l’expérience de la mescaline.
Il écrit Erostrate en 1936 et voyage en Italie.
Gallimard refuse Melancholia qui deviendra La Nausée, qui paraît en 1938 suivie de Le Mur (1939).

Mobilisé, fait prisonnier, libéré en 1941, Sartre reprend l’enseignement. Par ailleurs,
il se rallie au mouvement de résistance “Front National”. En 1943, paraît
L’Etre et le Néant, traité central de l’existentialisme athée. L’écrivain fait jouer
Les Mouches en 1943 et Huis clos en 1944. Après la Libération, il publie les deux
premiers tomes des Chemins de la Liberté, L’Age de raison et Le Sursis.

Au cours de la même année 1945 il fonde la revue Les Temps Modernes et quitte l’enseignement.
Il commence à entretenir des relations difficiles avec le parti communiste.

En 1946, pour répondre à ses détracteurs, il fait une conférence, L’Existentialisme est un humanisme. Cette année est celle où il fait jouer La Putain respectueuse et publie Réflexions sur la question juive. En 1947, il publie un essai sur Baudelaire. En 1948, il fait représenter Les Mains sales et fonde le Rassemblement démocratique révolutionnaire, qui est un échec. Il soutient le parti communiste jusqu’au soulèvement de la Hongrie en 1956.
En 1949, il publie La Mort dans l’âme, troisième volume des Chemins de h Liberté .

En 1951 il fait jouer Le Diable et le Bon Dieu. En 1952 s’opère la rupture avec Albert Camus.
Sartre participe au Congrès mondial de la paix et publie Saint Genet, comédien et martyr.
Il s’élève contre la guerre d’Indochine (publication de L’Affaire Henri Martin, 1953).
Il voyage en Italie et en URSS.

En 1955, il fait jouer Nekrassov. 1956, voyages en Chine, Yougoslavie, Grèce.
Il s’élève contre la guerre d ‘Algérie (Préface à La Question, d’Henri Alleg).
En 1959, il fait jouer Les Séquestrés d’Altona. En 1960, il voyage à Cuba
et donne une suite à L’Etre et le Néant : Critique de la Raison dialectique.

En 1964, il obtient le prix Nobel qu’il refuse et publie Les Mots.
En 1971 il commence à publier L’Idiot de la famille,
une importante étude sur Flaubert. Après Mai 68, il accorde son appui à différents mouvements gauchistes et à leurs organes de presse. Atteint de quasi-cécité il doit pratiquement abandonner ses travaux en cours.
Existence, Histoire, Ecriture, telles sont les variables dont
il faut tenir compte pour aborder l’œuvre de Jean-Paul Sartre.

De 1925 à 1944, il ne se soucie pas encore de l’Histoire. De 1944 à 1953,
il mène de front l’œuvre littéraire et l’engagement politique. A partir de 1953,
l’engagement politique l’emporte sur la littérature. Trois phases
au cours desquelles les livres – romans, essais, théâtre –
sont sous-tendus par une philosophie, l’existentialisme.

Ainsi il est facile de discerner dans La Nausée l’influence de la pensée husserlienne
quand Antoine Roquentin le héros se dit : “Exister c’est être là simplement…
Tout est gratuit, ce jardin, cette ville et moi-même. Quand il arrive qu’on
s’en rende compte, ça vous tourne le cœur et tout se met à flotter.”
La nausée devient le signe de l’authenticité de l’existence que ne fonde
aucune valeur préétablie. Dés lors s’écroule le décor social bourgeois,
peuplé de “salauds”. Fuir l’existence est impossible,
comme le montrent les nouvelles du Mur. Tenter de le faire, c’est encore exister.

“L’existence est un plein que l’homme ne peut quitter.”
A la veille de la guerre, Jean-Paul Sartre ne conçoit encore que des
consciences intérieurement libres mais incapables d’agir sur le monde.
En 1939, l’Histoire fait brutalement irruption. Il faut s’engager pour la façonner.

Tel est le sens des Chemins de la Liberté où transparaissent des réflexions contenues dans
L’Etre et le Néant. Dans le contexte historique des années 1938-1940, différents personnages
accèdent par des voies différentes – selon la situation où ils se trouvent – à des degrés
différents de liberté. L’Age de raison se situe à Paris en juillet 1938 et met en scène un
professeur de philosophie, un homosexuel et un communiste, trois consciences isolées que
le tourbillon de l’Histoire saisit dans Le Sursis, Histoire qui prend, selon la technique
de Dos Passos, un aspect simultanéiste. La Mort dans l’âme montre comment la
liberté parvient à modifier l’Histoire. Le quatrième volume, La Dernière Chance,
n’a jamais paru intégralement.

Le théâtre, parce qu’il permet de toucher directement et tous les soirs un public différent,
devait naturellement attirer Jean-Paul Sartre. C’était encore le meilleur moyen de diffuser
ses idées. Les Mouches reprend le thème de la liberté, celle d’une conscience individuelle.


En ce sens, cette pièce est au théâtre ce que La Nausée était au roman. De même Huis clos
est-il le symétrique du Mur. Monde de prisonniers incapables d’exercer leur liberté parce
qu’elle se heurte à d’autres consciences. “L’enfer, c’est les autres.”

Délaissant les mythes, les allégories, Jean-Paul Sartre va désormais porter au théâtre des
situations concrètes, qui relèvent d’une Histoire plus ou moins récente avec Morts
sans sépulture (1946) qui traite du problème de la torture.

La Putain respectueuse traite du racisme. Les Mains sales posent la question de savoir
si l’on peut faire de la politique sans se salir les mains. Avec Le Diable et le Bon Dieu,
Sartre parvient enfin à donner une expression pleinement dramatique au problème de la
liberté. Dieu n’existe pas. Les hommes ne peuvent prendre leur destin en main
qu’à travers les conditions politiques et sociales qui leur sont faites.

Les Séquestrés d’Altona marquent un tournant dans la façon dont Jean-Paul Sartre se situe
en face de son époque. La pièce est de 1959, au moment de la guerre d’Algérie.
Elle pose des questions capitales : Les hommes font-ils l’histoire ? Oui, même
ceux qui ne savent pas. Ils en sont responsables et solidaires de la violence.

Jean-Paul Sartre a longtemps éprouvé le besoin d’interroger l’acte de création

littéraire, non pas dans une optique formaliste mais quant à ses répercussions sur
la société. De là des recueils d’articles qu’il appelle Situations dont les
quatre premiers s’étalent sensiblement sur les années 1936-1964 et contiennent
notamment des textes sur Faulkner, Dos Passos, Giraudoux, Mauriac, Nizan.
Dans l’un d’eux intitulé précisément Qu’est-ce que la littérature ?
Sartre expose ses idées, qui vaudront pour toute l’œuvre à venir. “La parole est action”,
l’écrivain est engagé et il le sait. Il écrit pour que personne ne
se considère comme innocent de ce qui se passe dans le monde.
Le prosateur montre ce qui est et incite à transformer des situations.
On écrit toujours pour les autres. L’écrivain est une liberté qui
s’adresse à d’autres libertés et propose des orientations.

On écrit donc pour son temps placé devant des problèmes historiques et
politiques à résoudre. Jean-Paul Sartre introduit ici des considérations
philosophiques propres à l’existentialisme. Tout homme se saisit
comme une “liberté en situation” et comme “projet” constamment
ouvert sur l’avenir. Rejeté par sa mère pris d’épouvante devant
sa liberté, Baudelaire accepte les valeurs traditionnelles du
Bien et du Mal mais choisit le mal pour éprouver sa différence.
Genet assume le nom de voleur que lui a donné depuis son enfance la
société et transforme ce jugement en défi. Il fait ainsi acte de
liberté mais accepte en même temps des catégories bourgeoises.


Telle est la thèse de Saint Genet, comédien et martyr,
où il s’agissait de “retrouver le choix qu’un écrivain fait de lui-même,
de sa vie et du sens de l’Univers, jusque dans les caractères formels
de son style et de sa composition, jusque dans la structure de ses images”.

Dix-huit ans plus tard, Sartre reprend ce thème dans son monumental ouvrage s
ur Flaubert, L’Idiot de la famille. Mais ici, contrairement à ce qui se passe avec Genet,
l’esthétique n’est plus qu’une fuite hors du réel, l’acceptation d’une situation
historique favorable à une classe, la bourgeoisie. La névrose de Flaubert correspond
du reste à la névrose de l’époque qui surgit à partir de Juin 1840.

Avec Les Mots,
Jean-Paul Sartre applique sur lui-même ce qu’il a appelé la psychanalyse existentielle :
sa liberté s’est exercée contre une situation familiale qui le confinait dans un milieu bourgeois.

En 1972, il a révélé ce que fut son propos en écrivant ce livre dès 1953.
De l’âge de huit ans à 1950, il a vécu une vraie névrose. Rien n’était plus
beau que d’écrire des œuvres qui devaient rester. Il a compris que c’était
un point de vue bourgeois. A partir de 1954, il est guéri et passe à une
littérature militante. Tout écrit est politique.

Et après Mai 68,
il ne prend plus la parole que pour des actions ponctuelles sur le plan politique.
En fait, depuis plusieurs années, en littérature comme en philosophie,
se produit une évolution qui se fait en dehors de Sartre, voire contre lui.
Le “nouveau roman” rejette toute espèce d’humanisme, fût-il existentialiste.
Le structuralisme, à travers ses recherches dans le domaine de la linguistique,
de la psychanalyse, de l’ethnologie et du marxisme, remet en cause les concepts
d’Histoire et de sujet, les deux piliers de l’existentialisme.


L’existentialisme






 


Liens et références